Fixer le prix d’une séance : la méthode par les chiffres
Par Valentin Garancher, fondateur de SereniCab

L’essentiel. Un prix de séance se calcule à partir de trois éléments : vos charges réelles, le nombre de séances que vous pouvez tenir sans vous épuiser, et ce qui se pratique dans votre commune. Le sentiment de légitimité n’entre pas dans le calcul — et c’est pourtant lui qui fait fixer des prix trop bas. En parler 30 minutes.
Fixer le prix d’une séance de thérapie est la décision qui angoisse le plus les praticiens qui s’installent, et celle qu’ils prennent le plus souvent à l’instinct. Trop bas, le tarif ne remplit pas plus vite : il attire un public qui compare les prix et impose un volume de séances intenable. Trop haut sans preuve ni recommandation, il allonge le délai avant le premier patient. Entre les deux, il existe une méthode simple, qui part de vos chiffres plutôt que de votre ressenti. Ce guide la déroule, y compris la partie qui pose le plus de difficulté : annoncer son tarif sans s’excuser.
1. Calculer ce que vous devez couvrir
Commencez par le total annuel de vos charges, sans rien oublier :
- Location du cabinet, ou quote-part si vous partagez
- Assurance responsabilité civile professionnelle
- Cotisations sociales, calculées sur votre chiffre d’affaires
- Formation continue et supervision
- Matériel, consommables, site internet, outils
- Déplacements
Ajoutez le revenu que vous voulez vous verser. Vous obtenez le montant que votre activité doit produire dans l’année.
2. Déterminer combien de séances vous pouvez réellement tenir
C’est l’étape que tout le monde saute, et celle qui fausse tous les calculs.
Une séance ne dure pas seulement le temps de la séance. Comptez la préparation, les notes, les échanges avant et après, l’administratif. Pour la plupart des pratiques d’accompagnement, une heure de consultation mobilise environ une heure trente.
Retirez ensuite les congés, les jours de formation, les périodes creuses — l’été et les fêtes, dans presque toutes les spécialités. Il reste généralement entre quarante et quarante-cinq semaines travaillées.
Un praticien qui pense faire trente séances par semaine en tient réellement vingt sur l’année, sans s’épuiser. Faites le calcul avec le chiffre réaliste, pas avec le chiffre souhaité.
3. Diviser, puis confronter au marché
Le montant annuel nécessaire divisé par le nombre de séances annuelles réalistes donne votre prix plancher. C’est un plancher, pas un prix : en dessous, votre activité ne tient pas.
Confrontez-le ensuite à ce qui se pratique. L’information est publique : les tarifs des praticiens de votre spécialité et de votre commune figurent sur leurs sites et leurs fiches. Une demi-heure de recherche suffit à connaître la fourchette locale.
Trois cas de figure. Votre plancher est dans la fourchette : positionnez-vous au milieu, vous ajusterez. Il est en dessous : alignez-vous sur la fourchette, ne bradez pas. Il est au-dessus : vos charges sont trop lourdes pour votre volume, ou votre volume trop optimiste — c’est un signal, pas une fatalité.
Faut-il des tarifs réduits ?
C’est possible et fréquent, à condition que ce soit une décision et non une pente.
Ce qui fonctionne : un tarif réduit explicite et encadré — étudiants, demandeurs d’emploi, un nombre de places limité par semaine — affiché comme tel. La règle est claire pour tout le monde, y compris pour vous.
Ce qui ne fonctionne pas : accorder une réduction au cas par cas, à la demande, selon votre humeur ou votre gêne. Vous perdez la maîtrise de votre revenu et vous créez une inégalité difficile à justifier si elle se sait.
Les forfaits et les cycles
Proposer un ensemble de séances plutôt que des séances à l’unité présente un intérêt réel pour les accompagnements qui demandent une durée : la personne s’engage sur un parcours, et vous cessez de vous demander chaque semaine si elle reviendra.
Trois précautions. Le forfait ne doit pas enfermer : prévoyez ce qui se passe si la personne arrête. Il ne doit pas laisser croire à une garantie de résultat — un « pack sommeil en cinq séances » frôle la promesse thérapeutique. Et il doit rester financièrement acceptable : un montant global élevé demandé d’emblée écarte une partie de vos patients.
Augmenter ses tarifs
Le bon moment n’est pas celui où vous en avez envie : c’est celui où votre agenda est plein plusieurs semaines à l’avance et où vous refusez des demandes.
La méthode qui se passe le mieux : prévenir un à deux mois avant, par écrit, sans justification longue. « À compter du 1er mars, la séance passera à X euros. » Pas d’excuse, pas d’explication sur vos charges — cela invite à la discussion.
Une augmentation modérée fait rarement partir des patients suivis. C’est la crainte qui est disproportionnée, pas le risque.
Annoncer son prix
Affichez-le sur votre site, à côté de la durée d’une séance et des moyens de paiement. Ne pas l’afficher oblige les gens à appeler pour le connaître, et beaucoup renoncent — non par avarice, mais pour éviter le malaise de raccrocher après avoir entendu un montant trop élevé pour eux.
Au téléphone, annoncez le prix simplement, sans le faire précéder d’une justification ni suivre d’un silence gêné. « La séance dure une heure, elle est à X euros. » L’hésitation dans la voix fait plus de dégâts que le montant.
Précisez aussi vos conditions d’annulation. C’est une information pratique attendue, et elle vous protège.
Questions fréquentes
Faut-il baisser ses tarifs quand on démarre ?
Non. Un tarif bas attire un public qui compare et change au premier prix inférieur, et il rend l’augmentation ultérieure difficile. Situez-vous dans la fourchette locale dès le départ.
Comment connaître les tarifs de mon secteur ?
Ils figurent sur les sites et les fiches des praticiens de votre commune. Une demi-heure de recherche donne une fourchette fiable.
La première séance doit-elle être gratuite ?
Rarement pertinent. Un entretien téléphonique préalable gratuit de quinze minutes lève les mêmes hésitations sans dévaloriser la séance.
Mes séances sont-elles remboursées ?
Cela dépend de votre profession et des mutuelles. Ne laissez jamais croire à une prise en charge qui n’existe pas : indiquez précisément ce qui est possible, et renvoyez la personne vers sa mutuelle.
Puis-je pratiquer des prix différents selon le motif ?
Oui, si la différence correspond à une réalité — durée plus longue, préparation spécifique. Une différence sans justification apparente crée un sentiment d’arbitraire.
Rendre vos tarifs visibles
Les sites que nous construisons affichent systématiquement les tarifs, la durée et les conditions d’annulation, parce que la page tarifs est toujours parmi les plus consultées. Si la vôtre est absente ou confuse, c’est souvent la correction la plus rentable.
Encore faut-il que vos tarifs soient vus : être trouvé quand on cherche un thérapeute.
Votre cabinet est-il visible sur Google ?
En 30 minutes, nous examinons les résultats de recherche sur votre métier et votre ville, votre fiche Google et votre site. Vous repartez avec deux ou trois priorités, que nous travaillions ensemble ensuite ou non.
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